Amers/ saint John perse
Ils m'ont appelé l'obscur et j'habitais l'éclat
Ils m’ont appelé l’Obscur, et mon propos était de mer.
L’Année dont moi je parle est la plus grande Année;
la Mer où j’interroge est la plus grande Mer.
Révérence à ta rive, démence, ô Mer majeure du désir…
La condition terrestre est misérable, mais mon avoir immense sur les mers,
et mon profit incalculable aux tables d’outre-mer.
Un soir ensemencé d’espèces lumineuses Nous tient au bord des grande Eaux
comme au bord de son antre la Mangeuse de mauves,
Celle que les vieux Pilotes en robe de peau blanche
Et leurs grands hommes de fortune porteurs d’armures et d’écrits,
aux approches de roc noir illustré de rotondes, ont coutume de saluer d’une ovation pieuse.
Vous suivrai-je, Comptables ! et vous Maîtres du nombre !
Divinités furtives et fourbes, plus que n’est, avant l’aube, la piraterie de mer ?
Les agioteurs de mer s’engagent avec bonheur
Dans les spéculations lointaines : les postes s’ouvrent, innombrables, au feu des lignes verticales…
Plus que l’Année appelée héliaque en ses mille et milliers
De millénaires ouverte, la Mer totale m’environne.
L’abîme infâme m’est délice, et l’immersion, divine.
Et l’étoile apatride chemine dans les hauteurs du Siècle vert,
Et ma prérogative sur les mers est de rêver pour vous ce rêve du réel…
Ils m’ont appelé l’Obscur et j’habitais l’éclat.